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  • Le kakishibu : l’art du kaki fermenté

    Issu de la fermentation de kakis astringents non mûrs, le kakishibu est profondément ancré dans les pratiques artisanales japonaises. À la fois teinture, traitement de surface et agent de protection, il illustre une approche ancienne où la couleur n’est jamais dissociée de la fonction.

    Un extrait fermenté, entre jus et matière vivante

    Le kakishibu est obtenu à partir de variétés spécifiques de kaki, riches en tanins et impropres à la consommation à l’état cru. Les fruits sont récoltés verts, broyés puis pressés afin d’en extraire un jus épais. Celui-ci est ensuite laissé à fermenter pendant plusieurs mois, parfois plusieurs années. Au fil du temps, le liquide évolue, gagne en stabilité et développe ses propriétés caractéristiques. Plus la fermentation est longue, plus le kakishibu est considéré comme “mûr”, offrant une meilleure tenue et une couleur plus profonde.

    Sa teinte initiale, brun orangé, continue d’évoluer après application. Exposé à l’air et à la lumière, le kakishibu s’oxyde lentement et fonce, passant de tons miel à des bruns profonds. Cette transformation progressive fait partie intégrante de son esthétique : la couleur n’est jamais figée, elle accompagne la vie de l’objet.

    Protéger, renforcer, colorer : les usages traditionnels du kakishibu

    Historiquement, le kakishibu a été utilisé dans des contextes très variés. Les pêcheurs japonais l’appliquaient sur leurs filets pour les renforcer et les protéger de la putréfaction. Les paysans l’employaient pour imperméabiliser et durcir les vêtements de travail, tandis que les artisans l’utilisaient sur le bois, le bambou ou le papier washi afin d’en augmenter la résistance. Dans l’architecture traditionnelle, il servait aussi à traiter des éléments exposés à l’humidité ou aux insectes.

    Cette polyvalence repose sur ses propriétés biologiques remarquables. Le kakishibu présente une forte activité antimicrobienne et antivirale : ses tanins se fixent aux protéines des parois microbiennes et empêchent leur multiplication. Ce mécanisme limite le développement des moisissures, des bactéries et d’autres micro-organismes responsables de la dégradation des matériaux. Bien avant l’ère des traitements industriels, le kakishibu offrait ainsi une solution naturelle, durable et non toxique.

    Une teinture fonctionnelle, lente et évolutive

    En teinture, le kakishibu occupe une place singulière. Contrairement à de nombreuses plantes tinctoriales, il ne nécessite pas de mordançage classique. Les tanins qu’il contient ont une forte affinité pour les fibres cellulosiques et protéiques, ce qui permet une bonne fixation sur le coton, le lin, le chanvre, la soie ou le papier. L’application se fait souvent en plusieurs couches, au pinceau ou par trempage, avec des temps de séchage intermédiaires qui favorisent l’oxydation.

    Les effets visuels du kakishibu sont subtils et profonds. La matière se révèle sous la couleur, les textures restent lisibles, et les irrégularités deviennent des qualités. Utilisé seul, il produit une gamme de bruns chauds ; combiné à d’autres teintures, notamment l’indigo, il permet d’obtenir des noirs, des gris fumés ou des verts assourdis. Ces associations sont particulièrement présentes dans les textiles traditionnels japonais.

    Aujourd’hui, le kakishibu suscite un intérêt renouvelé auprès des artisans, designers et artistes contemporains. Son faible impact environnemental, sa biodégradabilité et ses propriétés fonctionnelles répondent aux préoccupations actuelles autour des matériaux durables.

  • Rencontre autour de la matière

    Quand deux démarches se rejoignent autour du végétal, du geste et de la matière, la collaboration devient naturelle. C’est ainsi qu’est née la rencontre entre Couleur Garance et Hélèna Guy Lhomme, autour d’un même désir d’expérimentation et de respect du vivant.

    Les échanges, les essais et les recherches menés à l’atelier ont peu à peu donné naissance à une palette de tons terreux et neutres, développée à Couleur Garance. Ces teintes sont devenues la base d’un travail sur la texture de la peau du crocodile, au cœur de la pièce Do not swallow.

    Ce projet prolonge une réflexion commune sur la matière et sa transformation. À travers cette collaboration, nous partageons une même approche circulaire : rien ne se perd, tout se réutilise. Chaque fibre, chaque laine trouve sa place dans un cycle vivant de création, entre expérimentation et artisanat.

    Cette première collaboration ne marque qu’un début. Nous poursuivons nos explorations, avec l’envie de découvrir d’autres fibres, d’autres laines, d’autres plantes et d’autres teintes.

    La pièce Do not swallow fait partie des œuvres invitées au Salon des Beaux-Arts, présenté au Réfectoire des Cordeliers à Paris à partir du 3 décembre.

    Photos : Nicolas Brasseur / Couleur Garance

  • Retour sur le festival Tangible

    Le dimanche 19 octobre, nous avons ouvert les portes de notre atelier à Lauris dans le cadre du festival Tangible, coordonné par Fotokino.
    Une journée dédiée au design et aux savoir-faire locaux, pour faire découvrir notre univers et échanger autour de la couleur naturelle.

    Cette ouverture a été l’occasion de parler graphisme, d’expérimenter les couleurs naturelles imprimées et de visiter le jardin des plantes tinctoriales.
    Un moment convivial, rythmé par les rencontres, la curiosité et le plaisir de partager nos pratiques.

    Révélation des illustrations de Diane Bécheras dans les bains de teinture

    Un grand merci à Fotokino et à l’équipe du festival Tangible pour leur invitation, ainsi qu’à toutes celles et ceux qui sont venus découvrir l’atelier.

  • Une semaine aux couleurs de l’Ajrakh

    La semaine dernière, l’atelier a pris des airs d’imprimerie indienne.
    Entre les blocs de bois, les bains d’indigo et l’odeur des pâtes de réserve, on a accueilli Sufiyan Khatri et Parmett Tesson pour un workshop dédié à l’impression Ajrakh.

    Pendant plusieurs jours, les gestes se sont répétés, précis, concentrés.
    Superposer les blocs. Aligner les motifs. Retourner le tissu. Imprimer à nouveau. Mais l’Ajrakh, ce n’est pas qu’une technique. C’est une manière de penser la couleur, de composer avec le temps. Les mordants, les bains, le fer, les réserves : chaque étape est une conversation silencieuse entre le tissu et la main.

    Au fil des journées, les discussions ont glissé des gestes aux idées. Comment adapter certaines méthodes ici, en France, sans perdre la justesse du geste ? Comment enrichir nos pratiques respectives entre deux cultures textiles, deux façons d’aborder la teinture naturelle ?

    Ces échanges ont donné naissance à une semaine dense, ponctuée d’essais, de tâtonnements, de découvertes.
    Une semaine où l’on a réaffirmé ce qui nous lie : le goût du partage et la volonté de faire vivre les savoir-faire artisanaux. C’était aussi l’occasion de voir chaque participante s’approprier la technique, à sa manière. Certaines ont respecté les motifs traditionnels à la lettre ; d’autres ont glissé leurs propres nuances, leurs imaginaires. Entre tradition et interprétation, chacune a trouvé sa voie.

    Un grand merci à Sufiyan Khatri, Parmett Tesson et Fayzan Khatri pour leur générosité et leur précision.
    Et à toutes celles qui ont participé, expérimenté, posé des questions, imprimé, recommencé.
    C’est dans ces moments-là que l’on mesure la force de la transmission : celle qui relie les gestes d’hier aux pratiques d’aujourd’hui.

    Pour prolonger l’expérience, on vous invite à jeter un œil à la story à la une “Workshop 2025” sur notre compte Instagram — un pas-à-pas immersif dans le processus de l’Ajrakh tel qu’on l’a pratiqué à l’atelier.

    Et si le sujet vous intrigue, le workshop est présenté ici :
    Impression Textile Ajrakh – Niveau 2

  • Plantes, extraits, pigments : on fait le point

    On l’entend souvent à l’atelier : « Quel pigment pour teindre ce tissu ? » La question est légitime, mais la réponse n’est pas si simple. Oui, il est possible de teindre à partir de pigments, mais pas tels quels, à cause de leur insolubilité. Dans la plupart des cas, la teinture repose plutôt sur des plantes ou des extraits. Pour y voir plus clair, faisons un point sur le vocabulaire et les usages.

    TermeDéfinitionExemplesUsage
    PlanteMatière première entière ou une partie spécifique (feuilles, racines, écorces, fleurs, fruits, graines), parfois réduite en poudre pour un meilleur rendementFeuilles de noyer, racines de garance, baies de nerprun, peaux de grenadeTeinture accessible et traditionnelle, résultats variables selon le terroir, la saison, la récolte
    ExtraitConcentré de molécules colorantes, préparé à partir de la plante et réduit en poudre.Extrait de garance, extrait de bois de campêche, extrait de rhubarbeTeinture avec dosage précis, teintures reproductibles, facilite le changement d’échelle de production
    PigmentPoudre colorante insoluble obtenue à partir d’une plante ou d’un extrait, par fermentation, précipitation ou transformation chimiqueIndigo (pigment bleu), pigments rouges de la garance, pigments de cochenillePrincipalement utilisé pour les beaux-arts (peinture, aquarelle, encres grasses) et certaines teintures textiles spécifiques (bingata, indigo…)

    Qui fabrique et fournit ces produits ?

    • Plantes : les agriculteurs·trices spécialisés dans les plantes tinctoriales ou les cueilleurs·euses qui récoltent dans la nature.
    • Extraits : produits par des laboratoires ou des entreprises spécialisées, équipés pour isoler et assurent un produit stable et reproductible la plupart du temps.
    • Pigments : préparé par des artisans coloristes, disponible dans les boutiques spécialisées, mais aussi réalisable soi-même à partir de recettes (à base de plantes ou d’extraits)

    Quand utiliser l’un ou l’autre ?

    • Plante : idéale pour la teinture traditionnelle, lorsque l’on recherche un résultat naturel et respectueux des pratiques artisanales.
    • Extrait : pratique pour des teintures reproductibles et stables, notamment pour un changement d’échelle et une production importante.
    • Pigment : principalement pour beaux-arts. Adapté au textile pour des techniques spécifiques.

  • Cosmos sulfureux : une floraison d’été

    Chaque été, nous nous approvisionnons en cosmos sulfureux auprès de Jérémie Terris, qui le cultive dans son jardin à Lauris. Originaire d’Amérique centrale, il s’est adapté aux climats tempérés et fait désormais partie du paysage estival.

    Sa floraison est longue et régulière, de la mi-juillet jusqu’aux premières gelées. Les tiges portent des capitules simples, aux pétales légèrement dentelés, regroupés autour d’un cœur jaune. La plante se développe rapidement et supporte bien la chaleur et la sécheresse, ce qui en fait une culture fiable pendant toute la saison.
    La récolte se fait par passages réguliers, tous les deux ou trois jours, afin de prélever les fleurs à maturité optimale. Cette cadence stimule la production et permet de maintenir un couvert fleuri sur plusieurs semaines. Une fois coupés, les capitules peuvent être utilisés frais ou séchés. Les pétales conservent leur teinte vive même après séchage, caractéristique qui explique en partie l’intérêt porté à cette espèce dans différents usages.

    Avec le cosmos, cultivé à quelques minutes de notre atelier, toutes les étapes se jouent à proximité : la plante, la récolte, la préparation. Une organisation locale qui met en valeur le lien direct entre culture et transformation.

  • Norens en papier washi chez Vague Arles

    Actuellement chez Vague Arles, trois norens en papier washi réalisés par Traditional Futures sont à découvrir.

    L’un d’eux a été teint à l’indigo dans notre atelier, à partir de papier washi, un support original qui réagit de façon délicate à la teinture naturelle.
    Si vous êtes à Arles cet été, passez voir cette installation : une belle manière de découvrir la teinture végétale sur papier.

  • Récolte annuelle de persicaire

    Comme chaque année, on est allé récolter des feuilles fraîches de persicaire. Ça ne se passe qu’une fois par an, à cette période précise : la plante a besoin de chaleur pour pousser, et c’est maintenant qu’elle est à son plein potentiel.

    On s’est rendu au Champs des Couleurs pour la cueillette. Une fois les feuilles ramassées, place à l’extraction. Elles sont plongées dans l’eau pour libérer les précurseurs colorants.
    Quelques heures plus tard, le liquide est prêt. On l’oxygène, l’indigotine apparaît. On filtre, puis on récupère le pigment — l’indigo — qu’on met à sécher.

    Pendant la formation, on a aussi exploré plusieurs applications possibles de ce bleu : cuves à partir de feuilles sèches, fabrication du bleu maya, préparation de différentes pâtes de réserve, application beaux-arts, et quelques techniques de shibori.

    Un aperçu complet des possibilités offertes par la plante


    Pour en savoir plus sur le programme, les prochaines sessions et les modalités d’inscription, rendez-vous sur la page dédiée :

    Formation Indigo extraction et utilisation - 3 jours

    Formation : Indigo extraction et utilisation

    Dans l’univers de la teinture végétale, l’indigo tient une place à part à la fois magique et scientifique. En pleine saison estivale la formation permet d’apprendre à produire le pigment d’indigo à partir des feuilles récoltées dans une exploitation agricole.

    Quantité:
  • Couleur Garance, lauréat de l’appel à projets « Métiers d’art de la mode » 2025

    En juillet 2025, Couleur Garance a été désigné lauréat de l’appel à projets “Métiers d’art de la mode”, initié par le Ministère de la Culture.
    Ce prix vise à soutenir les professionnels des métiers d’art, et nous permettra de renforcer notre teinturerie, avec l’acquisition de nouveaux équipements adaptés à la teinture à façon.
    Ce soutien marque une étape importante pour notre structure : il nous aide à structurer une activité en plein développement, à accompagner davantage de créateur·ices et à promouvoir les savoir-faire liés à la teinture naturelle dans une démarche écologique et artisanale.

    Un grand merci au Ministère de la Culture pour cette reconnaissance de notre travail et de notre engagement au service des couleurs végétales.

  • Le vert du nerprun, c’est maintenant

    Longtemps, on a appelé ces baies les graines d’Avignon ou graines de Perses, en leur donnant un nom géographique plutôt que botanique. Elles peuvent en réalité provenir de plusieurs espèces de la famille des Rhamnacées : le nerprun purgatif, le nerprun alaterne, ou encore la bourdaine.
    Noires, discrètes mais puissantes, ces baies proviennent le plus souvent du nerprun, un arbuste bien connu des teinturiers du sud de la France. Réputée pour la soie, cette teinture jaune fut largement répandue en Turquie pour les tapis de laine. En Provence, le nerprun était surtout utilisé pour les motifs imprimés.

    Le vert est une couleur rare en teinture végétale, souvent difficile à obtenir sans l’aide d’indigo. C’est ce qui rend le nerprun particulièrement intéressant. Tout se joue sur la température du bain. En le chauffant à 60 °C, on obtient un vert citron franc. Si la température continue de monter, la teinte bascule progressivement vers le jaune. Une seule plante, un seul bain, permet donc d’obtenir deux couleurs distinctes, simplement en ajustant la chaleur.