Le rumex crépu, allié du mordançage naturel
Au jardin des plantes tinctoriales de Lauris, un carré est réservé aux plantes dont la racine est essentielle.
On y croise le Rumex crispus L., reconnaissable à ses feuilles longues aux bords ondulés et à sa tige dressée.
Sous terre, sa racine pivotante concentre fer et acides organiques.
Plante des sols riches et remués, le rumex est ici cultivé pour ce qu’il révèle du sol… et pour ce qu’il apporte à la teinture. Car plus qu’une plante colorante, le rumex est un mordant végétal.

Une plante reconnaissable entre toutes
Vivace et robuste, le rumex se reconnaît à ses longues feuilles étroites aux bords ondulés, d’un vert dense et légèrement froissé. Ces feuilles se développent en rosette à la base, avant qu’une tige dressée n’apparaisse, portant une floraison discrète.
Mais l’essentiel de la plante reste invisible : sa racine pivotante, épaisse et profondément ancrée dans le sol. C’est dans cette racine que se concentrent les éléments qui intéressent particulièrement les teinturier·e·s : le fer et les acides organiques.
Une plante bio-indicatrice et voyageuse
Plante commune des paysages européens, le rumex accompagne les sols travaillés et enrichis depuis des siècles. On le retrouve aujourd’hui dans de nombreuses régions tempérées.
Nitrophile et bio-indicatrice, sa présence révèle des sols riches, parfois remués, fatigués ou chargés en métaux. Il apprécie les sols frais et humides, mais s’adapte facilement, ce qui explique sa présence fréquente en bords de chemins, prairies, friches ou jardins.
Le rumex, un mordant végétal avant tout
En teinture végétale, le rumex n’est pas seulement une plante colorante : il agit surtout comme mordant naturel.
Ses racines bio-accumulatrices captent le fer présent dans le sol, tandis que la plante contient naturellement de l’acide oxalique. Cette combinaison permet de fixer les pigments sur les fibres, en particulier les fibres protéiques comme la laine ou la soie.
Ainsi, le rumex offre une alternative aux sels métalliques conventionnels en transmettant au textile les minéraux prélevés dans la terre.

Les bio-mordants issus du rumex peuvent être utilisés de différentes façons :
- en mordançage préalable pour préparer la fibre,
- en bain simultané avec les colorants grâce à la présence de quinones,
- en bain de modification après teinture pour nuancer une couleur déjà posée.
Le fer contenu dans ses racines transforme profondément les teintes obtenues.
Une place dans la constellation des plantes bio-accumulatrices
Le rumex fait partie d’un ensemble de plantes utiles au mordançage naturel :
- Sources d’alumine : symplocos, lycopode, écorces de pommiers ou de poiriers sauvages
- Source de fer : rumex
- Sources d’acide oxalique : heuchère, rumex, feuilles de rhubarbe
Récolte et palette de couleurs
- Racines : récoltées hors floraison, idéalement en automne ou en hiver
→ donnent des jaunes sourds, des verts et des verts bronze
- Parties aériennes (hampe et graines) : récoltées en automne
→ produisent des tons roux
Une ressource locale et un choix d’autonomie
Au jardin tinctorial de Lauris, le rumex est une espèce locale, abondante et précieuse. Sa présence incarne une approche autonome de la teinture végétale : travailler avec les plantes spontanées, celles qui poussent sans être invitées.
Cultiver et utiliser le rumex, c’est aussi apprendre à écouter le sol. Certaines plantes racontent la terre mieux que n’importe quelle analyse chimique. En retour, elles deviennent, par la teinture, de véritables partenaires de création.
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